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I(don’t) want to believe. La semaine passée, l’émission “Temps Présent” de la RTS (notre “Envoyé Spécial à nous) a diffusé le reportage OVNIS, une affaire d’états [1] qui revient sur la publication récente de vidéos de l’US Air Force montrant des interceptions d’objets volants non identifiés par des F-18 américains.
Endéposant formellement le 12 janvier 2017 sa Design Certification Application (DCA) auprès du régulateur, NuScale confirme sa position à l’avant-garde du développement des Small Modular Reactors (SMR) aux États-Unis. Ceci constitue la première demande de certification pour un réacteur SMR et permet à NuScale d’engager une étape
Lebudget militaire américain actuel est de l'ordre de 590 milliards de dollars US, contre 65 milliards pour les Russes et 215 milliards pour les Chinois (1). Donald Trump veut faire passer le budget US à 618 milliards en 2019, les US investissant dans le militaire plus du double de la somme réunie par ses . Le budget militaire américain actuel est de l'ordre de 590 milliards
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Vues 24 Un changement dans la classification de l’Organisation mondiale des douanes est à l’origine de cette confusion. − CHANDAN KHANNA / AFP LECTURE TROMPEUSE – Des internautes ont pensé prouver la diffusion intentionnelle du virus à l’aide de documents montrant l’importation dès 2018 de test pour détecter le Covid-19. Il s’agit en réalité d’une lecture erronée. Une théorie largement répandue stipule que l’épidémie de Covid-19 a été sciemment préparée et orchestrée. Les coupables désignés varient, mais il est courant de voir des internautes cherchent à étayer ces thèses avec divers documents. Ces derniers jours, certains ont cru découvrir la preuve ultime » que l’épidémie a été planifiée » et qu’elle n’était donc pas du tout accidentelle ». Les publications qui soutiennent cette théorie s’appuient sur un document en anglais ressemblant à un rapport de douane, et listant les principaux importateurs de test pour diagnostiquer le Covid-19 ». Non pas lors des derniers mois, mais en… 2018. Cette préparation constitue aux yeux de certains internautes un élément irréfutable prouvant que l’épidémie était anticipée bien avant son déclenchement. Une reclassification en avril Pour analyser le document en question, il faut en premier lieu en identifier la source. Le message renvoie vers le site internet d’une organisation répondant au nom de WITS. Il s’agit d’un acronyme désignant la World integrated trade solution », un organe créé et géré par la Banque mondiale, en partenariat avec une série d’organisations internationales dont plusieurs dépendant des Nations Unies. La mission du WITS ? Permettre aux utilisateurs de ce service de récupérer des informations sur le commerce et les cours des prix ». Une plateforme sur laquelle il n’est donc pas surprenant de voir répertoriées des importations de matériel médical. La fiche qui fait débat détaille pour 2018 les importations par pays des instruments et appareils de test de diagnostic médical ». Pour comprendre pourquoi du matériel de test lié au Covid-19 était importé en 2018, il faut en réalité se pencher sur des modifications apportées par l’Organisation mondiale des douanes. Cette dernière, le 9 avril dernier, a expliqué qu’elle allait procéder à une mise à jour de ses standards de classifications pour les fournitures médicales », de sorte à mieux identifier les produits importants dans le contexte actuel en vue de coordonner la lutte contre l’épidémie. En pratique, des matériels utilisés jusqu’alors dans d’autres contextes mais désormais employés dans la réponse contre le virus sont classés sous une dénomination commune, relative au Covid-19. L’Organisation mondiale des douanes souligne que ces bases de données, ainsi renommées et plus faciles à consulter, servent de base pour identifier le mouvement transfrontalier des produits nécessaires pendant la pandémie, appliquer des politiques d’allègement tarifaire », mais aussi pour surveiller et combattre les approvisionnements frauduleux ». Pour éviter une telle confusion, il aurait été possible de créer une nouvelle catégorisation pour les produits dédiés spécifiquement à la lutte contre le Covid-19. Ce qui n’a pas été fait puisque c’est un ancien code d’identification relatif au matériel médical qui a été modifié et dont la dénomination à changé. Les tests et autres dispositifs dont il est ici question et qui sont recensés ne correspondent donc pas à des produits spécifiques utilisés dans le cadre actuel de l’épidémie. C’est ce qui arrive quand un administrateur de base de données un peu paresseux réutilise un code plutôt que d’en créer un nouveau », résume un internaute américain sur le réseau social Reddit. En résumé, il est donc faux d’affirmer que la pandémie a été anticipée, sur la base des documents retraçant les importations de matériel médical. Un changement de dénomination et de classification, censé faciliter l’identification des produits essentiels dans la lutte contre le virus, a contribué à laisser penser que les tests et matériels médicaux aujourd’hui utilisés contre le Covid-19 ont été échangés dès 2018. Il s’agissait en réalité de produits destinés à d’autres usages, ce que l’on comprend à la lecture des documents fournis par l’Organisation mondiale des douanes, qui a opéré la modification en avril. Source LCI
Les Black Muslims», un phénomène américain De la révolte sociale à la haine raciste, en passant par le fanatisme religieux par Jean Vidal © Jean Vidal/L’Arche/PHDN - Reproduction interdite sauf pour usage personnel - No reproduction except for personal use only Dieudonné brandit deux ouvrages pro-Farrakhan Introduction par PHDN En 1999, le comédien français Dieudonné M’Bala M’Bala met son théâtre de la Main d'Or à Paris à disposition de la Nation of Islam qui tente alors de s’implanter en France. Il renouvellera cette association à plusieurs reprises au début des années 2000 et accueillera encore un meeting organisé par la NOI le 21 juillet 2012. Ce ne sont pas juste des petits services. Durant la même période, Dieudonné servira, dans ses spectacles ou dans ses interviews plusieurs des virulents mensonges antisémites colportés depuis des décennies par les suprémacistes noirs de la Nation of Islam. Cette longue étude de 1999 présente l’histoire de la NOI et de cette longue tradition d’antisémitisme. Du recyclage de poncifs antisémites chrétiens à ses alliances avec des mouvements d’extrême-droite suprémacistes blancs, en passant par la complaisance, contamment renouvelée, avec le négationnisme son leader Farrakhan offrait en février 2019 une tribune au négationniste, fondametaliste religieux, antisémite hystérique et suprémaciste blanc, Michael Hoffmann II, portrait d’un mouvement marginal mais important dont les discours de haine ont été popularisés en France par Dieudonné. Lorsque l’on parle des Black Muslims musulmans noirs», il faut se méfier des analogies faciles avec les Blacks et les Beurs du paysage français. D’abord, ces musulmans» sont fort éloignés, on le verra, de l’islam orthodoxe sunnite ou chiite tel qu’on le connaît dans le monde arabe ou en Europe. D’autre part, ils sont loin de représenter l’ensemble des Noirs américains. En fait, le mouvement connu sous le nom de Nation of Islam est le principal représentant de la tendance séparatiste» au sein de la communauté noire. Il s’oppose aux grandes organisations noires qui, comme la National Association for the Advancement of Colored People NAACP ou la National Urban League, ont de tout temps milité pour l’égalité des droits civiques aux côtés des Blancs libéraux» et notamment des Juifs. La mosquée de Chicago, siège de Nation of Islam Dans son programme officiel, Nation of Islam revendique le droit pour les Noirs américains de créer un Etat ou un territoire séparé, que ce soit sur ce continent ou ailleurs», et précise Nous considérons que nos anciens esclavagistes ont l’obligation de nous fournir pour cela une terre qui soit fertile et riche en ressources minières. Nous considérons que nos anciens esclavagistes ont l’obligation de nous entretenir et de satisfaire nos besoins sur ce territoire séparé durant les vingt ou vingt-cinq années à venir, jusqu’à ce que nous soyons capables de produire et de satisfaire nos propres besoins». En attendant, Nation of Islam exige pour les Noirs demeurant aux Etats-Unis une éducation de niveau égal, mais dans des écoles séparées, pour les garçons jusqu’à 16 ans et pour les filles jusqu’à 18 ans, et à la condition que les filles soient envoyées dans des collèges et des universités pour femmes». L’enseignement dans ces écoles devra être dispensé exclusivement par des Noirs. Par ailleurs, le programme du mouvement demande que les mariages mixtes ou les mélanges inter-raciaux soient interdits». Bien que Nation of Islam ait fait l’objet de commentaires louangeurs de la part des dirigeants de pays musulmans comme l’Iran et la Libye, cette reconnaissance est politique plutôt que théologique. En effet, la forme d’islam dont se réclame Louis Farrakhan fait froncer les sourcils des imams. Au plan religieux, le principal acte de foi de Nation of Islam s’énonce ainsi Nous croyons que Allah Dieu est apparu dans la personne de Master W. Fard Muhammad, en juillet 1930.» Sur ce dernier, on ne sait pas grand-chose. Il se faisait appeler Wallace Fard Muhammad ou encore Walli Farrad, ou Farrad Mohammed. Il affirmait être né à La Mecque vers 1877 et être arrivé aux Etats-Unis un peu avant 1930. Mais d’autres sources, parmi les adversaires noirs de Nation of Islam, disent que son vrai nom était Wallace Dodd Ford, qu’il était issu de parents en partie Blancs et en partie Maoris, et qu’après avoir purgé une peine de prison pour trafic de drogue il s’était installé en 1929 à Detroit afin de refaire sa vie. Fard rencontra à Detroit un nommé Elijah Poole, fils d’esclaves libérés né en 1897 en Géorgie. C’est là que naquit le concept de Nation of Islam, sous la direction de Fard dont Poole devint l’adjoint en 1931. Fard enseignait que les Noirs était le vrai peuple choisi par Dieu et qu’ils étaient d’une essence supérieure, que le christianisme était une arme des Blancs pour les réduire en esclavage, et qu’il fallait se préparer à une guerre raciale au terme de laquelle les Noirs prendraient enfin le pouvoir. Le discours de Fard s’inscrivait dans une tradition religieuse créée en 1913 par Drew Ali Timothy Drew, qui fonda le Moorish Science Temple à Newark et mourut en 1929; il s’inspirait également du mouvement noir laïque fondé en 1914 par Marcus Garvey, la Universal Negro Improvement Association, qui prônait notamment le séparatisme racial et le rapatriement» en Afrique des Noirs américains. Dans la version que Fard donna du séparatisme, les Noirs devaient bientôt renverser le pouvoir des esclavagistes et recouvrer leur rang de peuple préféré d’Allah. Foncièrement, ces thèses exprimaient la frustration d’une génération de Noirs qui voyaient que depuis l’abolition de l’esclavage ils n’avaient toujours pas recouvré leur dignité d’hommes libres en terre d’Amérique. Face à une société blanche qui continuait de les considérer comme des inférieurs ils se réfugiaient dans un racisme à rebours» et s’affirmaient non pas égaux mais supérieurs. Une telle croyance conduisait droit à l’antisémitisme puisque les Noirs sont le vrai peuple de Dieu, la Bible telle qu’elle est propagée par les Juifs ne peut être que mensongère. Jusqu’à ce jour, les propagandistes de Nation of Islam emploient l’expression les soi-disant Juifs», afin de souligner qu’ils rejettent la prétention des Juifs actuels à être le peuple d’Israël» dont parle la Bible. Selon la doctrine de Nation of Islam, les Blancs sont une race détestable dont le règne prendra bientôt fin. Mais les Juifs sont, de plus, des faussaires, puisqu’ils ont modifié le texte de la Bible afin de dissimuler la nature noire des premiers hommes. Nation of Islam rejoint ici les thèses conspiratrices» des groupes américains d’extrême droite, selon qui les Juifs dominent les Etats-Unis, voire le monde, par la finance et par d’autres pouvoirs occultes résultant de leur origine impure. Une incarnation de Dieu Entre 1931 et 1934, Wallace Fard et son disciple Elijah créent à la fois un corps de doctrine et des institutions. La doctrine, c’est d’abord la conversion à l’islam du moins dans la version adultérée qu’en donne Fard, plus le nationalisme noir et l’aspiration à l’autosuffisance tant au plan culturel qu’au plan économique. Les convertis doivent adopter un nom musulman c’est ainsi qu’Elijah Poole devient Elijah Muhammad. L’organisation repose sur un centre religieux, le Temple of Islam, auquel sont adjoints une école University of Islam et une milice privée Fruit of Islam. Au fil des années, on lancera des entreprises dans les domaines les plus divers des exploitations agricoles, des sociétés commerciales, etc. Tout cela sera géré au profit de Nation of Islam et, bien sûr, de ses dirigeants. Elijah Muhammad A ses débuts, le mouvement dut faire face à des poursuites judiciaires, notamment en raison du fonctionnement de son réseau scolaire que la police accusait d’inciter les jeunes à la délinquance. Le maître», W. Fard Muhammad, fut contraint de s’enfuir à Chicago où, dit l’histoire officielle de Nation of Islam, il continua de subir l’incarcération et la persécution par la police». Le 26 février 1934, Fard disparut sans laisser de traces. Selon la doctrine de Nation of Islam, sa révélation était achevée et il était revenu à son essence divine. Les adeptes de Nation of Islam croient aujourd’hui que Fard n’était autre qu’une incarnation de Dieu Allah; qu’il s’était révélé aux Noirs le 4 juillet 1930 à Detroit pour les appeler à revenir à la religion de leurs ancêtres, l’islam»; qu’il avait choisi Elijah pour être son prophète; et que durant trois ans et demi, sans interruption» il lui avait transmis son enseignement. Elijah Muhammad, après avoir fait face à une tentative d’assassinat par d’autres membres de l’organisation, assuma la succesion de Fard. Des mosquées» furent établies, et durant une quarantaine d’années le mouvement prospéra sous sa direction. L’idéologie de Nation of Islam devint plus radicale que jamais. Les Noirs, expliquait Muhammad, sont moralement supérieurs aux Blancs et destinés à diriger le monde. Selon les textes diffusés aujourd’hui encore par Nation of Islam, les Afro-Américaisn sont présentés comme les membres de la tribu de Shabazz», la tribu perdue et retrouvée» appartenant à la nation originelle issue d’Afrique». Les Blancs sont, selon l’expression d’Elijah Muhammad, des diables aux yeux bleus» – des êtres malfaisants qui furent produits au cours d’une manipulation génétique et qui ont par la suite usurpé la place des légitimes créatures noires d’Allah. Nation of Islam connut quelques ennuis durant la seconde guerre mondiale Elijah Muhammad ordonna à ses disciples de refuser la mobilisation dans l’armée américaine en tant que musulman, expliquera-t-il plus tard, je ne voulais pas participer à la guerre et surtout pas aux côtés des infidèles» et il fut lui-même emprisonné de ce fait en 1942. Dans l’après-guerre, la lenteur des progrès dans le domaine de l’intégration politique et sociale des Noirs entretint un climat de mécontentement qui se traduisit par un afflux de nouveaux disciples. Les années 60, qui commencèrent avec le combat pour les droits civiques dans le Sud des Etats-Unis sous l’impulsion de Martin Luther King, furent marquées par la crise entre les organisations modérées» comme la NAACP ou la National Urban League, qui militaient pour l’égalité des droits, et les adeptes du séparatisme et du pouvoir noir». Malcolm X L’une des personnalités centrales de ce courant extrémiste était Malcolm Little, alias Malcolm X. Jeune délinquant, il se convertit à l’idéologie de Nation of Islam alors qu’il était en prison. A sa libération, en 1952, à l’âge de 27 ans, il se rendit à Chicago et se mit au service d’Elijah Muhammad. Le nouveau converti – qui, selon l’usage des nationalistes noirs, avait remplacé son nom de famille par un X représentant le nom africain dont ses ancêtres avaient été dépossédés – devint bientôt un orateur et un organisateur hors pair. Malcolm X attaqua le mouvement des droits civiques, prônant la Black Pride la fierté noire » et l’autodéfense violente. Au début des années 60, il était le principal porte-parole de Nation of Islam; l’organisation était désormais connue dans le grand public sous le qualificatif de Black Muslims musulmans noirs», d’après le titre d’un livre d’Eric Lincoln paru en 1961. Le 30 janvier 1961, une délégation de Nation of Islam, comprenant notamment Malcolm X, rencontrait à Atlanta une délégation du Ku Klux Klan. L’objet de cette rencontre, selon un biographe de Malcolm X, Claybome Carson, était d’obtenir le soutien du Ku Klux Klan pour l’attribution de terres au mouvement séparatiste noir afin d’y entretenir un climat de pureté raciale. Selon la même source, Malcolm X aurait déclaré au cours de la rencontre que les Juifs sont derrière le mouvement intégrationniste». Un an plus tard, le 25 février 1962, Nation of Islam invitait George Lincoln Rockwell, le fondateur du Parti nazi américain ANP, à sa convention annuelle. A cette époque, Louis Farrakhan était le principal adjoint de Malcolm X. Farrakhan, né en 1933 sous le nom de Louis Eugene Walcott, connut dans les années 50 une certaine notoriété en tant que chanteur de calypso, danseur et musicien, avant de se convertir en 1955 à Nation of Islam. Rebaptisé Louis X, puis Louis Farrakhan, il entama sa carrière au sein du mouvement dans le sillage de Malcolm X, qui fit de lui son adjoint à la mosquée de Boston, puis lui confia cette mosquée lorsque lui-même prit la tête de la principale mosquée de Nation of Islam, la mosquée no 7 de Harlem. Le dépositaire du message Mais Malcolm X devait bientôt entrer en conflit avec Elijah Muhammad. L’histoire officielle du mouvement explique que Malcolm X avait mal interprété la vie privée» de son maître en clair le fait qu’Elijah Muhammad avait fait un grand nombre d’enfants à ses secrétaires, ce qui avait choqué Malcolm X dont la foi musulmane devenait de plus en plus rigoriste. Il y avait aussi des luttes de pouvoir au sommet de Nation of Islam, exacerbées par les jalousies que suscitait le succès médiatique de Malcolm X. Le prétexte de la rupture fut un discours de Malcolm X en novembre 1963, ironisant sur l’assassinat du président Kennedy. Elijah Muhammad décréta que son porte-parole était suspendu» de son appartenance au mouvement. En mars 1964, Malcolm X quittait officiellement Nation of Islam pour créer sa propre organisation, intitulée la Mosquée musulmane. Après un pèlerinage à La Mecque en avril 1964, Malcolm X déclara qu’il ne croyait plus que les Blancs étaient tous d’essence démoniaque, ainsi que l’affirmait la doctrine de Nation of Islam. En octobre 1964, il annonça sa conversion à l’islam orthodoxe. Sous son nouveau nom de El-Hadj Malik El-Shabazz, il prôna au sein de l’Organisation de l’unité afro-américaine» une variante tiers-mondiste du combat noir. Ces activités apparurent aux fidèles de Nation of Islam comme une trahison intolérable. Son ancien protégé, Louis Farrakhan, le dénonça avec une extrême violence Un tel homme, déclara-t-il, mérite la mort.» Le livre de Alex Haley Malcolm X fut assassiné lors d’un meeting, le 21 février 1965. Trois membres de Nation of Islam furent condamnés pour cet assassinat, et des rumeurs persistantes accusèrent Farrakhan d’avoir commandité le meurtre. Malcolm X devint après sa mort une légende américaine, son image étant entretenue par la biographie que publia en 1965 Alex Haley – l’auteur de Roots –, puis par un film de Spike Lee en 1992 avec Denzel Washington. En mai 1965, trois mois après l’assassinat de Malcolm X, Louis Farrakhan prit le contrôle de la mosquée no 7 à Harlem. Cela faisait de lui le numéro deux du mouvement, après Elijah Muhammad. Elijah Muhammad mourut en 1975. Son fils, W. Deen Muhammad, âgé d’une quarantaine d’années, lui succéda avec le titre d’imam. Mais le nouveau dirigeant prit ses distances d’avec l’idéologie de la secte. L’exclusivisme racial fut dénoncé. Les deux articles de foi de Nation of Islam qui étaient le plus en contradiction avec l’islam orthodoxe – que Fard était une incarnation d’Allah, et que son disciple Elijah était de ce fait le dernier des prophètes – furent répudiés. Le mouvement, qui revendiquait quelque 50 000 adeptes, prit alors le nom de Mission musulmane américaine» en mai 1985, W. Deen Muhammad devait ordonner sa dissolution pure et simple, ses membres rejoignant la communauté mondiale de l’islam. Louis Farrakhan Mais les réformes introduites par le nouvel imam ne faisaient pas l’unanimité. En 1977 Louis Farrakhan fit sécession, et en 1978 il créa sa propre organisation, qui reprenait le nom de Nation of Islam et revenait à l’idéologie des commencements nature divine de Fard Muhammad, supériorité intrinsèque de la race noire. La croyance se répandit, parmi les adeptes de la nouvelle organisation, que Elijah Muhammad n’était pas mort il avait échappé à une tentative d’assassinat, et avait été emporté sur un grand aéronef en forme de roue qui vole en permanence au-dessus de nos têtes». Sur ce même aéronef Mother Wheel», dans la littérature de Nation of Islam se trouverait également W. Fard Muhammad. Cette croyance avait évidemment l’avantage de contester la légitimité de W. Deen Muhammad, puisque son père ne lui avait pas abandonné sa place. Louis Farrakhan était le dépositaire du message du fondateur, jusqu’à son retour, qui coïnciderait avec la Rédemption du peuple noir. Mother Wheel» devait être invoquée par Farrakhan comme sa source d’inspiration lors de son appel à la grande marche sur Washington. Il faut mentionner ici que l’idée d’un Maître absent peut aussi se retourner contre Farrakhan. Ainsi, le groupe United Nation of Islam, dirigé par Abbas Rassoull qui fut le secrétaire général de Nation of Islam sous l’autorité d’Elijah Muhammad, traite Farrakhan d’imposteur car il n’aurait pas bien assumé sa tâche de préparer les croyants au retour de Muhammad. Selon Rassoull, Farrakhan a été saisi d’un accès de mégalomanie et a effectué dans le cérémonial des changements qu’il n’était pas autorisé à faire. Si l’on fait abstraction de ces subtilités théologiques, le trait dominant de l’action de Louis Farrakhan, celui qui le singularise le plus aux yeux de la majorité des Américains, est son obsession antijuive. On a tenté d’expliquer cet antisémitisme par le fait que Farrakhan est né dans le quartier du Bronx à New York, et qu’il y aurait donc été nourri de l’hostilité primaire qui se développe entre deux communautés à la fois trop proches géographiquement et trop différentes dans leur comportement. Pour le Noir qui se vivait comme un laissé-pour-compte de la société américaine, l’image de ses anciens compagnons de misère devenus boutiquiers puis propriétaires d’immeubles était le symbole le plus immédiat, donc le plus intolérable, de son propre déclassement. De cette hostilité de voisinage», Louis Farrakhan allait faire une redoutable arme idéologique. En 1974, il déclarait que les médias sont sous le contrôle des Juifs» et avertissait les hommes politiques noirs de ne pas céder à la pression juive». Sa mosquée de Harlem était un des principaux centres de diffusion des Protocoles des Sages de Sion, ainsi que d’autres textes antisémites de diverses origines. Après la scission qui suivit la mort de Elijah Muhammad, l’antisémitisme devint un des principaux chevaux de bataille de Nation of Islam nouvelle mouture. L’Holocauste noir» Louis Farrakhan Au milieu des années 80, l’antisémitisme de Nation of Islam prit la forme d’un véritable corps de doctrine. Les justifications théologiques demeurant à usage interne, c’est au plan social que la haine des Juifs fut publiquement justifiée. Farrakhan expliquait dans ses discours que les Juifs sucent le sang de nos pauvres», que les combines juives contre les Noirs les ont empêchés de s’élever socialement», que les commerçants et les propriétaires juifs ont envahi le ghetto pour s’abattre sur nous comme des vautours». Les protestations des organisations juives ne firent que renforcer Louis Farrakhan dans cette orientation. Le 11 mars 1984, il déclarait Les Juifs n’aiment pas Farrakhan, alors ils me traitent de Hitler. Eh bien, c’est une bonne appellation. Hitler était un très grand homme. Pas pour moi en tant que Noir, mais c’était un grand Allemand. Il a fait prospérer l’Allemagne à partir de rien. En un sens, on peut dire qu’il y a des similarités nous aussi, nous faisons prospérer les nôtres à partir de rien.» On notera ici la permanence du motif social». Arthur Butz En février 1985, le père fondateur du négationnisme américain, Arthur Butz l’auteur du livre de base en la matière, The Hoax of the Twentieth Century, prenait la parole devant la convention annuelle de Nation of Islam pour exposer ses vues sur le sionisme international» et sur le mensonge d’Auschwitz». En 1985 toujours, Farrakhan créait des liens avec le groupe antisémite dirigé par Tom Metzger, un ancien dirigeant du Ku Klux Klan et toujours militant raciste, qu’il invitait à un meeting à Los Angeles; Metzger déclara au Washington Post 30 septembre 1985 que les deux organisations avaient déjà procédé à des échanges d’informations principalement en ce qui concerne des organisations juives extrémistes». Le 7 octobre 1985, Farrakhan expliquait à un public de 25 000 personnes, au Madison Square Garden Jésus était détesté par les Juifs. Farrakhan est détesté par les Juifs.» C’est à cette époque que furent formulées, par Farrakhan lui-même, les premières accusations selon lesquelles les Juifs auraient été les principaux responsables et bénéficiaires de l’esclavage au cours des siècles. Quelques années plus tard, en 1991, ces accusations étaient présentées sur un mode pseudo-scientifique dans un livre publié par le Département des études historiques» de Nation of Islam et intitulé La relation secrète entre les Noirs et les Juifs voir, dans ce dossier, l’article de Henri Pasternak. Le point commun de ces accusations – quel que soit leur fondement, ou plus exactement leur absence de fondement, dans la réalité – est que les Juifs» y sont toujours présentés comme un groupe solidaire. Toute action ou déclaration d’un Juif, vraie ou fausse, est automatiquement présentée comme l’expression d’une caractéristique commune au groupe juif dans son ensemble. La seule mention d’un Juif ayant participé à la traite des esclaves suffit à accuser les Juifs» d’esclavagisme. Lorsqu’un magistrat au patronyme apparemment juif prononce une peine jugée insuffisante contre un commerçant coréen de New York jugé pour le meurtre d’un Noir, ce sont les Juifs» qui sont dénoncés par Nation of Islam. On voit ici le racisme antijuif à l’œuvre, sous sa forme la plus crue. Les Juifs ne sont pas le seul groupe visé par les attaques de Nation of Islam les Coréens qui ont souvent pris le relais des Juifs en tant que commerçants dans les quartiers à forte population noire, les homosexuels, les catholiques, et les Blancs en général sont régulièrement dénoncés dans les déclarations de Farrakhan et de ses ministres», ainsi que dans le journal du mouvement The Final Call. Mais les Juifs bénéficient d’un traitement à part. Ainsi, Nation of Islam, qui possède évidemment son propre site Internet, a créé un site spécial nommé qui est entièrement consacré à la diffusion des textes antijuifs du mouvement. Et parmi les ouvrages que diffuse régulièrement Nation of Islam on trouve une reproduction intégrale du célèbre faux de la police tsariste Les Protocoles des Sages de Sion. A mesure que l’opinion publique américaine prend conscience, avec un certain retard, de l’étendue de la Shoah connue outre-Atlantique sous l’appellation d’Holocauste», en raison notamment du film de télévision portant ce nom, les extrémistes noirs réagissent de manière de plus en plus virulente. La position de Nation of Islam oscille entre le négationnisme pur et simple et l’affirmation que l’Holocauste juif» est, de toute façon, quantité négligeable par comparaison avec l’Holocauste noir» résultant de l’esclavage. Eric Muhammad En novembre 1991, Eric Muhammad, bras droit de Khalid Muhammad qui est alors le porte-parole de Farrakhan, crée un organisme nommé The Black African Holocaust Council BAHC. Au cours de la première réunion publique du BAHC, c’est Khalid Muhammad qui est le principal orateur. Voici comment il donne le ton de la nouvelle organisation L’Holocauste africain est un prix énorme que nous avons eu à payer […] et les Juifs ont joué un rôle déterminant dans nos malheurs. […] Les Juifs ont perdu six millions de personnes; nous en avons perdu 200 millions, rien que dans le passage de l’Atlantique.» Cette sinistre comptabilité d’ailleurs gonflée jusqu’à l’absurde les souffrances dues à l’esclavage, étalées sur plusieurs générations, sont suffisamment abominables sans qu’il soit nécessaire de les étayer par des comparaisons; mais le fait est que les morts résultant de la traite des Noirs, en Afrique même et lors du passage de l’Atlantique, représentent selon les historiens un ordre de grandeur comparable à celui de la Shoah et non des dizaines ou des centaines de millions de morts est la base d’une rhétorique où la revendication extrémiste noire s’appuie en permanence sur la mise en accusation des Juifs. Lors de la même conférence inaugurale du BAHC, en novembre 1991, est présenté La relation secrète entre les Noirs et les Juifs, le livre de Nation of Islam exposant la thèse de l’esclavagisme juif», qui vient tout juste de paraître la concomitance des dates ne peut être l’effet du hasard, d’autant que l’un des orateurs à cette conférence est Leonard Jeffries, directeur du département des études noires à l’Université de New York, qui vient de faire scandale en accusant les Juifs d’avoir financé la traite des Noirs. Leonard Jeffries En avril 1994, le Black African Holocaust Council se dote d’une publication mensuelle, The Holocaust Journal, dont le directeur est Eric Muhammad. Le premier numéro de la revue rend compte d’une conférence de Leonard Jeffries faite à New York sous les auspices du BAHC, au cours de laquelle a été présentée une vidéo intitulée Les mythes de l’Holocauste juif; il s’agit en fait d’un matériel de propagande distribué depuis un an déjà par le principal groupe négationniste américain, l’Institute for Historical Review. Dans le même numéro du Holocaust Journal on trouve une publicité pour deux livres d’un théoricien de l’extrême droite raciste, Eustace Mullins, qui voit partout la marque d’une conspiration contre l’Amérique blanche». La convergence entre les avocats de l’Holocauste noir» appartenant à Nation of Islam et l’extrême droite américaine raciste raciste et antisémite n’est pas accidentelle. Elle se retrouve dans l’éditorial même, où Eric Muhammad présente le nouveau journal. Il est intitulé La nécessité d’une presse noire indépendante». Cette nécessité, explique-t-il, résulte de la prise de contrôle des journaux américains par les Juifs». A l’appui de sa thèse, il offre une description de la montée du capital juif au sein du New York Times, description qu’il a copiée, pratiquement mot pour mot mais sans citer sa source, d’une brochure intitulée Qui dirige l’Amérique? publiée par l’organisation néo-nazie National Alliance. Le complot juif» Sous la direction de Farrakhan, Nation of Islam est devenu le plus en vue des mouvements extrémistes noirs. Il a des mosquées dans une centaine de villes, un journal The Final Call qui porte la bonne parole dans l’ensemble des communautés noires, et des entreprises qui assurent à ses dirigeants un train de vie fastueux. Plus que par le nombre de ses adhérents, qui demeure limité quelques dizaines de milliers, sur plus de trente millions d’Afro-Américains, Nation of Islam se distingue par sa capacité à mobiliser les foules sur des actions ponctuelles et à obtenir une importante couverture médiatique. L’idéologie de Nation of Islam, telle qu’elle s’exprime dans The Final Call, accorde une place centrale au complot juif». Ainsi, on peut lire dans le numéro du 30 mars 1994 Les attaques perverses dont nous sommes l’objet sont le fait d’un sinistre complot juif qui vise à renforcer sa domination sur le monde.» Un mois plus tard, le 27 avril 1994, le journal revient à la charge les Juifs, expliquet-il, ont asservi les premiers habitants de la planète, et ils se préparent à unir le monde sous une seule monnaie et un seul ordre mondial». Le grand moment de la carrière de Louis Farrakhan est la manifestation publique connue sous le nom de Million Man March le 16 octobre 1995, plusieurs centaines de milliers d’Afro-Américains se rendent à Washington, à l’appel de Nation of Islam. Cette marche, inspirée de la marche sur Washington organisée par Martin Luther King en mars 1963, avait pour objectif de poser Nation of Islam en tant que représentant actuel de la révolte noire. Peu avant la manifestation, dans une interview au journal Utah Business Magazine juillet 1995, Louis Farrakhan traitait à nouveau les Juifs de suceurs de sang». Le 25 février 1996, lors de la convention annuelle de Nation of Islam, Farrakhan interpellait les Juifs Vous êtes la synagogue de Satan, vous avez étendu vos tentacules autour du gouvernement américain, vous trompez cette nation et vous la menez en enfer. Mais je vous préviens au nom d’Allah, vous avez intérêt à ne pas vous en prendre à moi. Si vous décidez de me crucifier, sachez qu’Allah vous crucifiera.» Surenchère Au cours des dernières années, Louis Farrakhan s’est efforcé de se concilier les bonnes grâces de politiciens conservateurs pour qui l’idée d’un séparatisme noir pourrait, à la réflexion, avoir quelques avantages. Afin d’atteindre à une nouvelle respectabilité», il a mis une sourdine à ses propos anti-juifs. Mais lorsque ses interviewers se montrent insistants, il revient à ses obsessions. Ainsi, à la grande émission télévisée Meet The Press» sur la chaîne nationale NBC, le 14 avril 1997, il déclarait Je crois que les Juifs, qui sont peu nombreux aux Etats-Unis, y exercent une énorme influence sur les affaires publiques. […] Oui, ils détiennent un contrôle extraordinaire, et les Noirs ne seront pas libres dans ce pays tant qu’ils ne seront pas affranchis de ce contrôle-là.» Le 18 octobre 1998, à nouveau dans le cadre de l’émission Meet The Press», Farrakhan s’en prenait aux Juifs en ces termes Ce sont les plus grands contrôleurs de la pensée noire, de l’intelligence noire. Ce sont eux qui écrivent ces absurdes scénarios pour la télévision concernant les nôtres. Ce sont eux, les producteurs qui nous font apparaître dans des films avec ces rôles stupides, dégradants, dégénérés.» Le lendemain, le 19 octobre 1998, lors d’une conférence de presse au National Press Club, il énumérait les Juifs ou supposés tels figurant dans l’entourage du président Clinton le conseiller pour la sécurité nationale Sandy Berger, la secrétaire d’Etat Madeleine Albright, le secrétaire au trésor Robert Rubin et le conseiller du président Emanuel Rahm, et commentait Tout Juif qui se trouve auprès du président est à la fois citoyen d’Israël et des Etats-Unis.» Khalid Muhammad Les efforts de Louis Farrakhan pour atteindre à une nouvelle respectabilité ont entraîné une surenchère parmi les extrémistes noirs. Le principal concurrent de Farrakhan est aujourd’hui Khalid Abdul Muhammad, qui est plus jeune que lui d’une quinzaine d’années. Khalid et Farrakhan se connaissent depuis 1967. Khalid Abdul Muhammad, qui s’appelait alors Harold Moore, était étudiant et militait sur le campus. Louis Farrakhan, qui venait d’entrer en fonctions comme porte-parole d’Elijah Muhammad, fit une grande impression sur le jeune homme. Après sa conversion à l’islam, celui-ci devint bientôt, sous son nouveau nom, l’un des proches de Farrakhan. L’antisémitisme de Khalid était plus virulent encore que celui de Farrakhan; il émaillait ses discours de jeux de mots comme Jewniversity», Jew York» ou Jewnited Nations». Cela le rendit populaire tant au sein de l’organisation que parmi ses sympathisants sur les campus. En 1985, Khalid était le garde du corps de Farrakhan et portait le titre de ministre de la défense» de Nation of Islam, ce qui signifiait qu’il avait la responsabilité de la milice du mouvement, Fruit of Islam. En 1988, Khalid fut condamné à une peine de trois ans de prison, pour faux et usage de faux dans une affaire d’ordre privé. Farrakhan le désavoua, mais à sa sortie de prison Khalid réintégra Nation of Islam et prit la direction de la prestigieuse mosquée no 7. En 1991, Khalid était nommé porte-parole de Farrakhan. Les relations entre les deux hommes, cependant, devaient bientôt s’envenimer. La cause officielle de la rupture est le discours que Khalid prononça le 29 novembre 1993 au Kean College New Jersey. Il appelait au génocide des Blancs et s’en prenait au pape Jean-Paul II et aux homosexuels. Quant aux Juifs, il les traitait de sangsues», déclarait qu’ils appartenaient à la synagogue de Satan», et ajoutait On dit toujours que Hitler a exterminé six millions de Juifs… Mais on n’a jamais demandé ce qu’ils avaient fait à Hitler. Et qu’est-ce qu’ils lui ont fait, mes amis? Ils sont entrés en Allemagne, comme ils entrent partout ailleurs, ils se sont tout approprié, ils ont tout pris en mains, et un Allemand, dans son propre pays, devait presque aller demander de l’argent à un Juif. Ils avaient détruit la structure même de la société.» Ce discours suscita une levée de boucliers. En février 1994, le Congrès des Etats-Unis vota une motion condamnant le discours de Kean College comme une incitation à la haine de la pire espèce». Farrakhan, qui n’avait pas désavoué son porte-parole sur le fond déclarant même qu’il avait énoncé un certain nombre de vérités» , lui reprocha le ton» de ses remarques, tout en ajoutant que les sionistes» recourent au terme d’antisémitisme» afin d’étouffer la critique légitime sur le comportement dévoyé des Juifs dans leur relation avec la population non-juive du monde.» Mais peut-être Farrakhan trouvat-il là l’occasion de se débarrasser d’un adjoint trop encombrant qui risquait de devenir un rival. Au début de 1994, Khalid se trouva poussé hors de Nation of Islam. Deux Rolls-Royce Khalid Muhammad rejoignit alors un groupuscule extrémiste, le New Black Panther Party, dont, utilisant son expérience à la tête de Fruit of Islam, il fit une sorte de milice au service des causes noires dans tout le pays. Sa rhétorique antijuive se fit plus agressive que jamais, revenant pratiquement mot pour mot sur les termes du discours de Kean College. Le 19 février 1994, à Baltimore, il traita à nouveau les Juifs de sangsues» et précisa C’est ce vieux bon-à-rien de Juif, ce vieil imposteur de Juif, ce débris au nez crochu.» Le 29 mars 1994, à Brooklyn Ce qu’on dit sur les 6 millions de Juifs assassinés par les nazis a été gonflé, exagéré, probablement inventé de toutes pièces.» Le 19 avril 1994, à l’Université Howard, lors d’une soirée consacrée à l’Holocauste noir» en compagnie des universitaires Leonard Jeffries et Tony Martin Ça me rend malade. On nous amène à chaque fois un vieux gâteux tout racorni, et on nous dit “Voilà une victime de l’Holocauste”. Nom de Dieu! J’ai devant moi une salle pleine de victimes de l’Holocauste. […] Leur Holocauste a duré 10 ans, le nôtre a duré 500 ans. Comment oses-tu comparer, mec?» Cette rhétorique a porté ses fruits, puisque Khalid Muhammad s’est retrouvé en peu de temps à la tête d’une organisation prospère. Khalid est connu aujourd’hui pour son luxe vestimentaire à la limite de l’extravagance; il possède deux Rolls-Royce l’une pour le travail, l’autre pour ses déplacements personnels et il se fait aménager dans le quartier historique de Harlem une maison qui, une fois achevée, vaudra un million de dollars. L’argent, dit-il, vient des conférences qu’il prononce un peu partout sur les campus à 10 000 dollars chacune et aussi de dons privés. Il est vrai que ce genre de choses ne choque guère aux Etats-Unis, et qu’un dirigeant peut afficher un tel train de vie tout en se posant en défenseur des pauvres et des opprimés. Le 21 mai 1997, à l’université de San Francisco, Khalid expliquait ainsi Nos artistes de variétés, nos joueurs de basket-ball, nos joueurs de base-ball, nos artistes et nos athlètes sont tous entre les mains du Juif blanc sioniste.» Son plus grand coup» de publicité fut l’organisation, en septembre 1998, d’une marche des jeunes. Peu auparavant, le 30 juillet, il menaçait de se rendre avec ses troupes à Brooklyn pour affronter face à face les Juifs qui depuis si longtemps nous malmènent et nous maltraitent à Crown Heights». Cette agression verbale ne visait pas seulement les Juifs. Elle visait aussi Louis Farrakhan, dont le pouvoir au sein de la communauté noire était directement mis en cause par l’initiative de Khalid. En fait, Khalid tente de faire à Farrakhan ce que ce dernier fit avec succès aux mouvements noirs traditionnels un débordement par l’aile la plus fanatique. Grâce à l’aide du juge juif» Le public auquel s’adresse Khalid est d’abord celui des jeunes. Il s’appuie sur une milice de cinq cents membres, avec un renfort occasionnel provenant des bandes de jeunes. Farrakhan est jugé embourgeoisé, tenté par l’intégrationnisme» au lieu du sécessionnisme pur et dur de jadis. La marche des jeunes était pour Khalid une démonstration de force, en plein coeur de New York. Farrakhan avait tenté de faire annuler le projet, puis avait essayé en vain d’organiser une marche concurrente. Le maire de New York, Rudolph Giuliani, voulut lui aussi interdire la manifestation. Mais le juge Lewis Kaplan que Khalid devait appeler peu après le juge juif» annula sa décision comme anticonstitutionnelle. La manifestation eut donc lieu le 5 septembre 1998. Dans son discours, Khalid prit soin de rappeler que les Juifs sont les sangsues de la nation noire». La manifestation, à laquelle participaient quelque 10 000 personnes, tourna court lorsque l’arrivée des hélicoptères de la police, qui volaient bas au-dessus de la foule, suscita des affrontements violents entre manifestants et forces de l’ordre. Il y eut quelques blessés, mais l’essentiel pour Khalid était d’avoir fait acte de présence dans la rue. Quanell X Le bras droit de Khalid, et son ministre de l’information», se nomme Quanell X. Avocat âgé aujourd’hui de 28 ans, il fut le ministre de la jeunesse» de Nation of Islam. Il dut en démissionner après s’être, le 17 octobre 1995, exprimé en des termes que Farrakhan avait lui-même jugé exagérés Je dis à l’Amérique juive prépare-toi… parce que nous sommes prêts et la guerre va commencer… La vérité, la voilà la jeunesse noire ne veut rien avoir à faire avec la communauté juive, ni avec la communauté blanche dominante, ni avec la partie de la communauté noire qui traîne les pieds, qui baisse la tête et qui plie le genou… Juifs, vous pouvez tous aller au diable.» Malik Zulu Shabazz Un autre proche de Khalid, organisateur de la marche des jeunes, se nomme Malik Zulu Shabazz. En février 1994, à l’Université Howard où il était alors étudiant en droit, il anima une conférence de Khalid. C’était peu de temps après le discours de ce dernier à Kean College. Voici comment, selon le compte rendu publié par l’ADL, il chauffa» la salle Shabazz Qui contrôle la Réserve Fédérale [la banque centrale des Etats-Unis]? – La salle doucement Les Juifs! – Shabazz Quoi? Vous n’avez pas peur, n’est-ce pas? – La salle Les Juifs! Les Juifs! – Shabazz Qui tient à la gorge nos artistes et nos sportifs? – La salle Les Juifs! – Shabazz Qui espionnait les leaders noirs, et qui a organisé la mort de Martin Luther King? – La salle Les Juifs! – Shabazz Et voici un homme qui fait pisser les Juifs dans leur froc la nuit… mon grand frère, Khalid Muhammad!» Avec de tels collaborateurs, Khalid a une belle carrière devant lui. A moins que la tradition de violence propre à Nation of Islam ne le rattrape. En mars 1999, Khalid Muhammad et Quanell X disaient avoir été informés par la police qu’un projet pour les assassiner avait été mis sur pied dans l’une des mosquées de Nation of Islam. Selon les déclarations de Khalid à l’hebdomadaire Village Voice, l’existence d’un tel projet est vraisemblable compte tenu de l’état de santé de Louis Farrakhan. En effet, explique-t-il, Farrakhan souffre des suites d’un cancer de la prostate découvert par les médecins en 1991; or des fanatiques au sein de Nation of Islam croient que tous les ennemis de Farrakhan doivent être éliminés avant sa mort». Bandes de rues Outre la milice de Khalid, un autre groupe est apparu fin 1998 en marge de la mouvance Black Muslims». Il se nomme A Movement for Change Un mouvement pour le changement et son fondateur est Conrad Muhammad. Celui-ci est loin d’être un inconnu il fut jusqu’en 1997 le chef de la mosquée no 7 de Nation of Islam, et on le présentait alors comme l’héritier présomptif de Farrakhan. La rupture entre les deux hommes est due apparemment à des questions financières. Conrad n’aurait pas supporté non plus que Farrakhan lui ait imposé comme supérieur hiérarchique Benjamin F. Muhammad, actuellement présenté comme le porte-parole de Nation of Islam et qui était jusqu’en 1994, sous son ancien nom de Ben Chavis, le directeur de la très modérée NAACP dont il fut licencié pour avoir utilisé sans autorisation plusieurs centaines de milliers de dollars appartenant à l’organisation. Conrad Muhammad, qui s’appelait précédemment Conrad Tillard, est âgé de 34 ans. Il fut l’un des lieutenants de Khalid Muhammad à Nation of Islam, avant d’entrer en concurrence avec lui. Lorsque Khalid a été victime d’une tentative d’assassinat en mai 1994, il a accusé Conrad d’avoir armé le bras des tueurs. Conrad a nié, et n’a cessé de jurer de son amitié pour Khalid, mais sans convaincre vraiment. Quoi qu’il en soit, ces deux anciens dirigeants de la mosquée no 7 de Harlem se trouvent aujourd’hui hors de Nation of Islam, et on peut supposer qu’ils ont conservé des contacts – chacun de son côté – dans les milieux urbains où ils recrutaient leurs adeptes. Conrad était, jusqu’à une date récente, le principal intermédiaire entre Farrakhan et les redoutables bandes des rues de New York. Sous ce rapport, l’évolution d’une partie de la jeunesse noire au cours des dernières années a de quoi susciter l’inquiétude. La jonction s’est faite entre la violence ordinaire des bandes de jeunes et la violence verbale des groupes de rap. Les appels à tuer les flics» figurent explicitement dans le texte des mooeeaux de rap. La petite délinquance est ainsi nimbée d’une aura poético-politique. L’antisémitisme, bien sûr, est de la partie. Ainsi, l’ADL vient d’élever une vive protestation contre le dernier disque du groupe de rap Public Enemy, dont l’une des chansons est intitulée Swindler’s Lust l’avidité de l’escroc», un jeu de mots sur le nom du film de Steven Spielberg, Schindler’s List. Bien que le mot Juif» n’y soit pas prononcé, le message est assez clair. Cette chanson, dit le directeur de l’ADL Abraham Foxman, contient un langage codé typiquement antisémite» et rend les Juifs responsables des difficultés économiques d’une partie de la population noire». Les paroles de Swindler’s Lust accusent les dirigeants des maisons de production de s’approprier les revenus des chanteurs noirs une accusation portée de longue date par les porte-parole de Nation of Islam, chez qui la référence aux Juifs étaient explicitement énoncée. On nous rappelle d’ailleurs que ces gens possèdent les banques». Public Enemy Public Enemy, que beaucoup considèrent comme le principal groupe de rap actuel, affiche un militantisme noir qui va jusqu’à l’éloge de la violence. Il ne cache pas ses liens avec Nation of Islam dans Bring the Noise, il se réclame explicitement de Louis Farrakhan. En 1989, l’un des membres du groupe, Professor Griff» de son vrai nom Richard Griff, adhérent de Nation of Islam, avait causé un scandale lorsqu’il avait déclaré au Washington Times que les Juifs sont responsables de la plupart du mal qu’il y a dans le monde». Le chef de Public Enemy, Chuck D, renvoya Griff, puis le rappela avant de s’en séparer à nouveau. Mais le troisième album de Public Enemy, publié en 1990, fut lui aussi taxé d’antisémitisme les mots Ils m’ont eu comme ils ont eu Jésus» ne laissaient en effet guère de place au doute. Professor Griff a recommencé à enregistrer avec Public Enemy. Le dernier disque du groupe, There’s a Poison Going On, qui contient le titre Swindler’s Lust, est sorti aux Etats-Unis en mai 1999. Il est arrivé cet été en France, où il fait l’objet d’une importante promotion par voie d’affiches et sur les ondes. Une note d’optimisme relatif, pour finir. W. Deen Muhammad, le fils du fondateur de Nation of Islam, qui, on l’a vu, était passé à l’islam orthodoxe après la mort de son père, dirige la Société des américains musulmans». L’imam Muhammad s’est ouvertement réconcilié avec Louis Farrakhan, ces derniers mois. Mais Deen Muhammad est par ailleurse engagé dans le dialogue judéo-musulman. Le 18 juin 1999, il a assisté avec un certain nombre de ses fidèles à l’office du shabbat dans une synagogue de Miami, et a échangé des paroles de paix et d’espoir avec le rabbin de la communauté. Principales sources Anti-Defamation League, Simon Wiesenthal Center, Nizkor Project. Nation of Islam, et les publications citées dans le texte. Source L’Arche, n° 498-499, septembre 1999 Dieudonné lors d’un meeting de la Nation of Islam dans son théâtre de la main d'or le 21 juillet 2012 Complément bibliographique par PHDN Jean-Michel Decugis, Le “pouvoir noir” embrigade à Paris», Le Figaro, 1997. The Anti-Semitism of Black Demagogues and Extremists, ADL, New-York 1992 Uncommon Ground The Black African Holocaust Council and Other Links Between Black and White Extremists, ADL, 1994 Nizkor. Partners in Bigotry The LaRouche Cult and the Nation of Islam, ADL, 1994 Nizkor. Kenneth Stern, The Minister for Hate Farrakhan heads down under, AJC, 1998. Jean-Pierre Chrétien et Claude-Hélène Perrot, Afrocentrismes. L’histoire des Africains entre Égypte et Amérique, Paris Editions Karthala, 2010. Juifs et Noirs, du mythe à la réalité, Pardès, 2008/1 n° 44 Éric Fassin, Cornel West, Permanence de la question raciale», Esprit, no 219 3, mars 1996. Abdoulaye Barro, Ce que cache le débat sur la mémoire noire en France», Controverses, no 2, juin 2006. Démons français. Les discriminations n’excusent pas tout. Lutter contre les séquelles du colonialisme n’autorise pas les discours antisémites», Le Monde, 5 décembre 2005. Daniel Bensoussan-Bursztein, Vers une extrême droite black-blanc-beur», Revue Regards, Etude annuelle 2013. Sarah Fila-Bakabadio, Holocauste contre holocauste. De l’articulation d’une rhétorique afrocentriste aux expressions contemporaines d’un antisémitisme noir», Diasporas. Histoire et sociétés, no 10, 2007. Haines Sarah Fila-Bakabadio, Holocauste contre holocauste. De l’articulation d’une rhétorique afrocentriste aux expressions contemporaines d’un antisémitisme noir», Diasporas. Histoire et sociétés, no 10, 2007. Haines François-Xavier Fauvelle-Aymar, La mémoire aux enchères. L’idéologie afrocentriste à l’assaut de l’histoire, Paris Verdier, 2009. [ Antisémitisme suprémaciste noir» Antisémitisme Toutes les rubriques ]
Beaucoup s’y sont essayé, peu sont arrivés au bout des 130 croix et calvaires que compte le territoire plouguernéen. C’est avec beaucoup de persévérance qu’Eugène Guiriec, curé à Plouguerneau, a élaboré un inventaire exhaustif de ce patrimoine et avant lui Yves-Pascal Castel. C’est tout naturellement que la source de ce travail est devenue le précieux Répertoire des croix et des calvaires de Plouguerneau ». Ce répertoire a vu le jour en 1981, soit un an après l’année du patrimoine, comme le précise Eugène Guiriec L’année 1980, est à l’origine de ce travail qui ne voit le jour qu’un an après, et encore grâce à de nombreuses collaborations, à qui je m’empresse d’adresser un chaleureux merci. » Le registre établissant un inventaire très précis a été reçu à l’époque par Monsieur le Maire, Léon Guéguen, comme un témoignage important lié à l’histoire plouguernéenne. Pierre Abjean en guise de préface précise également La publication de croix et calvaires … a incité un large public, aujourd’hui sensibilisé, à cette nécessité objective et morale la sauvegarde du patrimoine archéologique, historique et culturel de notre commune. Or, cette sauvegarde suppose l’application d’un dénombrement complet, c’est-à-dire un inventaire , car ces calvaires et ces croix font partie intégrante de nos communautés, croix placées aux croisées de route ou pour prendre la place d’un dieu des carrefours aux temps du paganisme. » Trente ans après le travail de cet homme passionné, Plouguerneau d’hier et d’aujourd’hui a l’ambition d’établir un nouvel état des lieux des croix et calvaires de Plouguerneau. Le travail est plus aisé qu’en 1980. Il existe des fondations à ce travail. Malgré tout, ce nouvel inventaire a été réalisé sur plus d’une année… Il est cependant à noter que l’évolution des temps propose un autre défi. Des croix ou calvaires ont peut-être disparu à tout jamais ou ont été déplacés. Délice des temps, certaines croix sont réapparues. Le véritable pari est de proposer un nouvel inventaire. Celui-ci ne pourra être exhaustif. Comme se plaisait à le faire remarquer Eugène Guiriec, ce qui est vrai aujourd’hui, ne l’était pas nécessairement hier , alors il y a trente ans ! Et qu’en sera-t-il dans trente ans ?… Les croix sont classées par lieux-dits ou hameaux. Pour chacune d’entre elles, il est proposé une notice avec une photo, un point GPS et une brève explication lorsque cela est possible. Le nom de la croix est suivi de deux références. La première, EG » est celle qu’Eugène Guiriec donne à son ouvrage Répertoire des Croix et Calvaires de Plouguerneau ». La seconde, YC » appartient à Yves-Pascal Castel faisant référence à son Atlas des croix et calvaires du Finistère ». Au 8 mai 2011 125 croix apparaissent dans notre inventaire 131 pour Eugène Guiriec. Certaines croix semblent avoir disparu à tout jamais, Anteren 1, Beg ar c’hastel 8, Kerezoc 41bis, Kervener 64, Kerveogant 65, Kiella 68, Perros 101bis. Peut-être suis-je simplement passés à côté ?… Les numéros correspondent à la référence d’Eugène Guiriec. Lorsqu’en 1980, Eugène Guiriec entreprit la réalisation de son Répertoire », il dressa également l’inventaire des croix connues et disparues Carpont croix en bois, Dreinoc croix en bois, Goarivan croix en pierre, île d’Erc’h île des américains, deux croix en fer, Kerambars croix en pierre, Kerdudan, Kerneac’h an Traon cette croix a retrouvé sa place, Lienen croix en pierre. Pourquoi toutes ces croix ? Que signifient-elles ? … à venirAvant d’en terminer avec cet inventaire Nous sommes preneurs d’un cliché de la croix de Stagadon, ainsi que de son point GPS. La croix du Pont Krac’h 103 n’apparaîtra pas dans cet inventaire, contrairement au choix d’Eugène Guiriec. En effet, celle-ci se situe sur le côté lannilisien de l’Aber Wrac’h. Le choix du prêtre de la lister dans son annuaire était dû au fait que la croix trouvait son origine dans la légende de Saint Pol. Si malgré nos recherches il venait à manquer une croix, n’hésitez pas à la signaler. Il est possible de nous envoyer un message en cliquant sur le prénom en haut de l’article. Afin de ne pas les oublier, voici les annexes du Répertoire des Croix et Calvaires de Plouguerneau », d’Eugène Guiriec. Annexes du Répertoire des Croix et Calvaires de Plouguerneau » Eugène Guiriec Annexes Croix transférées La croix de Kergasken Désignée sous l’appelation de Kroazig-verr » une croix courte » de plus !, elle a été plantée dans le talus bordant la route de Plouguerneau à Guisseny, à la limite sud d’un champ appelé tout naturellement park ar groazig-verr », situé à gauche et à mi-route entre le village de Kroaz-Edern et l’embranchement du Zorn. Cette croix de granit signalait peut-être la proximité de l’ancienne chapelle Ste Marguerite, à Kergasken ; celle-ci était peut-être adossées au pignon est du vieux manoir, à la place actuelle de la grange… La statue de Ste Marguerite que l’on voit dans la chapelle de Kérodern provient de cette ancienne chapelle, qui fut démolie vers 1895. Avec l’autorisation de la famille Cabon, la croix a été cédée en 1964 à la Congrégation des Servantes de l’Agneau de Dieu, 85, route du Vieux St-Marc, à Brest. La croix du Treiz-Koz, au Derbez Cette croix, en granit également, a été remise par Eric Galiou aux services techniques de la commune. Croix disparues* Au Carpont. C’était une croix récente, en bois, qui fut érigée à gauche, en bordure de la côte qui monte du Carpont vers Ranénézy, à peu près en face de la carrière. A cet endroit, le 12 octobre 1935, François Yves Marie Loaec, 30 ans, époux d’Olive Calonnec de Gorrekear, voulant maîtriser son cheval emballé, se blessa mortellement en sautant de sa charrette… Au Dreinoc. Une croix semblable se voyait au bord de la route jusqu’à il y a une vingtaine d’années. Elle rappelait la mort accidentelle, dans un cas analogue, de Guillaume Sanquer, 59 ans, de Kerhuel, survenue le 8 avril 1916, alors qu’il revenait à la maison avec une charretée d’herbe. A Goarivan. La famille René Chever dit Nan ar Bi » se souvient d’avoir vu, tout près de son puits, aujourd’hui bouché, une petite croix de pierre, actuellement introuvable… Avec les remaniements successifs des talus qui entourent la maison, elle a dû être engloutie dans l’un ou l’autre des muretins de clôture… A l’île d’Erc’h. Facilement accessible à toutes les marées basses à partir de Kerazan, cette île est aussi appelée l’île des Américains », du fait de leur séjour en ces lieux pendant la guerre 14-18. On dit que 2 croix de fer s’y trouvaient naguère souvenirs de naufrages, peut-être… mais il n’en reste plus aucune trace… A Kérambars. Cette croix de pierre se situait sur le talus sud, entre la ferme de Jérôme Sanquer et celle de Mr Yves Favé. Lorsque fut élargie la route de Prat Paol vers 1968 ?, elle a dû être ensevelie avec la caillasse des terrassements,… à moins que quelqu’un en ait profité pour se l’approprier ou la revendre… A Kerdudan. Beaucoup de personnes se souviennent de cette croix, devant laquelle elles se signaient pieusement, comme c’était la pieuse habitude, lorsqu’elles prenaient le raccourci qui joignait directement Kerdudan à la route de Lesneven, face à St Kénan. Cette croix s’identifie peut-être à la croix n°111 bis… Sinon, il faut la porter réellement disparue ! A Liénen. De cette croix, il ne reste que le socle, voisinant avec d’énormes rochers, dans un site pittoresque. Est-ce toujours le champ Galliou ? De nombreuses maisons neuves se sont construites aux alentours… C’est toujours, en tout cas, non loin de chez Mad. Vve Léon… * Il n’est pas fait état de la croix de Kernéac’h an Traon qui a retrouvé sa place. NDLR Vestiges de croix A la Révolution de 1789, beaucoup de statues ont été décapitées, beaucoup de mutilées ou mises en miettes. Quelques morceaux furent recueillis par des mains pieuses, et enfouis dans les soubassements des grandes croix… En plus des morceaux qui sont encore visibles dans les soubassements de la croix du NAOUNT n° 100 et de celle de KERGRATIAS n° 48, il faut signaler les vestiges précieux que sont ; la PIETA qui repose sur un socle, contre le pavillon du tourisme, près de l’église. Légèrement mutilée, on voit bien qu’elle provient d’une croix elle s’adosse à un fût circulaire, de 0,20 m. de diamètre environ. la statue de St JEAN L’EVANGELISTE lui fait pendant, sur le même pignon l’ apôtre est assis ; des mains, il tient un livre ouvert sur un piédestal ; à ses pieds, un aigle mutilé. la statue de Ste MARIE-MADELEINE, dans la chapelle St-Laurent la sainte est à genoux, un vase de parfum à son côté. la VIERGE A L’ ENFANT de l’église du Grouanec, dans une niche basse qui devait servir autrefois de bénitier… Jusqu’à la restauration de cette église, la statue se trouvait à Kerriec, sur le socle de la croix n° 62. Elle s’encastre dans l’évidement d’un chapiteau circulaire à moulures, et elle porte 2 écus d’un côté, un calice et les lettres N D » ; de l’autre, les instruments de la Passion. C’était le verso d’un Christ en croix, dont il ne reste qu’un morceau de fût circulaire et un pied de crucifié… L’ensemble provient donc d’un calvaire, et probablement du calvaire même de Kerriec dont le soubassement intact reste, de nos jours, si impressionnant… La Pieta Saint Jean l’Evangéliste Sainte Marie Madeleine La Vierge à l’Enfant
L'arrêt Association Elena rendu par le Conseil d'État le 19 novembre 2021 suscite déjà l'attente fiévreuse des administrativistes. Sera-t-il retenu dans la prochaine édition des "Grands Arrêts", ouvrage annuel de nature biblique qui explique aux étudiants éblouis quelles décisions du Conseil d'État-protecteur-des-libertés-publiques doivent entrer dans l'histoire, et surtout ce qu'ils doivent en retenir ?Nous n'avons pas la réponse à cette question brûlante mais on constate d'emblée que l'arrêt Association Elena, comme beaucoup de "Grands Arrêts", ne présente aucun intérêt immédiat. Un contentieux complexeIl s'inscrit dans un contentieux relativement complexe. L'association des avocats Elena a en effet demandé au Conseil d'État l'annulation de la délibération du 5 novembre 2019 par laquelle le conseil d'administration de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides OFPRA a fixé la liste des pays considérés comme étant des pays d'origine sûrs. En principe, une personne originaire de l'un de ces pays ne peut obtenir l'asile, dès lors qu'il "veille au respect des principes de la liberté, de la démocratie, de l'état de droit, ainsi que des droits de l'homme et des libertés fondamentales". Durant l'instruction de ce recours pour excès de pouvoir, la même association requérante demande l'abrogation partielle de cette délibération, portant sur l'Arménie, la Géorgie et le un premier arrêt du 2 juillet 2021, le Conseil d'État annule la délibération en tant qu'elle maintient sur la liste les Républiques du Bénin, du Sénégal et du Ghana. Pour la Géorgie et l'Arménie, il sursoit à statuer renvoie à la section du contentieux les conclusions à fin d'abrogation. Précisément, l'arrêt du 19 novembre 2021 est essentiel dans la mesure où il déclare recevables les conclusions à fin d'abrogation. Mais il ne présente aucun intérêt immédiat, car le Conseil refuse cette abrogation. L'Arménie et la Géorgie demeurent donc sur la liste des pays d'origine sûre, car le juge ne constate pas de dégradation significative de la situation politique dans ces l'on se rassure. Il n'est pas nécessaire de présenter un intérêt immédiat pour être qualifié de "Grand Arrêt". C'est le raisonnement du Conseil d'État qui est nouveau, car il nuance fortement le principe traditionnel selon lequel la légalité d'un acte administratif s'apprécie à la date à laquelle il a été pris. Cette règle est parfaitement logique si l'on considère que le recours pour excès de pouvoir s'analyse comme un "procès fait à un acte", selon la formule bien connue d'Edouard Laferrière. La conséquence en est que l'annulation, si elle intervient, s'applique erga omnes et non au seul point d'aboutissement d'une jurisprudence ancienneCette règle, dans sa rigueur même, présente toutefois l'inconvénient de ne pas toujours permettre au Conseil d'assurer le respect du principe de légalité. La rapporteure publique, Sophie Roussel, met ainsi en évidence l'exigence posée par l'arrêt Dame Lamotte de 1950, aux termes duquel le recours pour excès de pouvoir a pour objet d'"assurer, conformément aux principes généraux du droit, le respect de la légalité". Pour assurer le respect de la légalité actuelle, et non pas de la légalité ab initio à la date de l'acte, le juge administratif a développé plusieurs jurisprudences de contournement, évolution commencée avec l'arrêt Despujol dès 1930. Le contentieux du "refus de faire", permet ainsi à un administré de demander l'abrogation ou la modification d'un acte. Le silence gardé sur cette demande permet alors de lier le contentieux et de susciter un arrêt sur la légalité actuelle de l'acte. Cette brèche a ensuite été élargie par une jurisprudence constante, jusqu'à l'arrêt d'Assemblée Association des Américains accidentels du 19 juillet 2019. Celui-ci affirme désormais clairement que le contentieux des décisions de refus s'apprécie au regard des règles applicables non plus à la date des faits mais à la date de l' décision Association Elena du 19 novembre 2021 élargit encore cette jurisprudence au contentieux du recours pour excès de pouvoir traditionnel, et non plus seulement au contentieux du refus de faire. Il précise donc que "saisi de conclusions à fin d'annulation recevables" il peut également, à titre subsidiaire, être saisi de "conclusions à fin d'abrogation". Il peut alors prononcer lui-même l'abrogation de l'acte s'il constate un "changement de circonstances de droit ou de fait postérieur à l'acte contesté". Cette évolution offre ainsi une nouvelle possibilité de contester un acte devenu illégal et de demander directement au juge son abrogation, quand bien même il serait rapporteure publique fonde cette évolution sur une analyse très générale du principe de légalité. Sur le fond, l'importance de l'arrêt pourrait d'ailleurs être nuancée. En abrogeant l'acte devenu illégal, le Conseil d'État ne fait que rappeler à l'administration son obligation d'abroger un acte devenu illégal, obligation affirmée dès l'arrêt Ponard du 14 novembre 1958. Le Palais Royal. François-Étienne Villeret. circa 1850 La politique jurisprudentielleLes causes de cette évolution ne doivent pas être recherchées dans le seul contentieux administratif mais plutôt dans la politique jurisprudentielle. Il s'agit sans doute de redresser la barre, à un moment où le contentieux administratif est dominé par la procédure de référé, jugée plus rapide et plus efficace que le recours pour excès de pouvoir. Les conclusions de la rapporteure publique évoquent ainsi un risque de "démonétisation du recours pour excès de pouvoir", observant, à juste titre, que le juge des référés exerce un contrôle moins étendu. Elle oublie d'ajouter qu'il statue le plus souvent seul, et qu'il lui arrive d'écarter des demandes par une "ordonnance de tri" qui intervient sans aucune audience. Sophie Roussel observe plus largement que "le rapport au temps des justiciables et de leur juge a changé". Elle dénonce un recours pour excès de pouvoir "figé dans une orthodoxie conceptuelle". L'arrêt Association Elena a donc pour finalité de déconstruire l'image d'une juridiction coupée du contexte dans lequel elle rend ses décisions, et éloignée des attentes des requérants. Une telle motivation semble tout à fait d'actualité, à une époque où le Conseil d'État fait l'objet d'une certaine contestation, accusé d'être au coeur d'un "État profond" bien éloigné des préoccupations des citoyens. Donnant une image positive du juge administratif-protecteur-des-libertés, on peut penser que la décision a de bonnes chances de rejoindre le cortège admirable des "Grands Arrêts".Sur le contrôle du juge administratif Chapitre 3, section 3, § 1, B du Manuel de Libertés publiques sur internet.
ce 19 juillet 2019 association des américains accidentels